La politique agricole de la CEDEAO, connue sous le nom d’ECOWAP, entre dans une étape charnière. Adoptée en 2005, cette politique régionale a structuré pendant deux décennies l’action publique en faveur de l’agriculture et de la sécurité alimentaire dans les quinze États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Au cours de l’année 2026, elle fait l’objet d’un processus de révision destiné à l’adapter aux défis contemporains.
La première étape de ce processus est un exercice de bilan. En mars et avril 2026, une revue de la mise en œuvre des Plans nationaux d’investissement agricole pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNIASAN, déclinaisons de l’ECOWAP pour la période 2015-2025) est conduite dans chaque pays. Cette revue mobilise une approche multisectorielle, avec l’appui de facilitateurs nationaux et sous la supervision d’ensemble de la CEDEAO. Elle doit permettre de mesurer les progrès accomplis, d’identifier les blocages et de tirer les enseignements utiles à la nouvelle politique.
Les orientations de la prochaine génération d’ECOWAP se dessinent déjà. La future politique sera centrée sur les producteurs et accordera une place renforcée aux femmes et aux jeunes, deux catégories essentielles pour l’avenir de l’agriculture ouest-africaine. Elle mettra par ailleurs un accent particulier sur la digitalisation de l’agriculture et sur la commercialisation des produits agricoles, deux leviers reconnus de modernisation et de création de valeur.
La sécurité alimentaire demeure au cœur du dispositif régional. Depuis 2012, la CEDEAO s’appuie sur une stratégie de stockage de sécurité alimentaire fondée sur la complémentarité de trois lignes de défense contre les crises alimentaires et nutritionnelles : le stockage de proximité géré par les communautés, les stocks nationaux de sécurité gérés par les États, et la Réserve régionale de sécurité alimentaire (RRSA) créée par les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO en 2013.
Pour le RESCAR-AOC, cette révision de l’ECOWAP est une échéance à suivre de près. Les services de conseil agricole et rural sont un instrument clé de la mise en œuvre des politiques agricoles : ce sont eux qui transforment les orientations stratégiques en pratiques concrètes dans les champs. La place accordée au conseil, à la vulgarisation et à la professionnalisation des conseillers dans la future politique régionale conditionnera largement sa capacité à atteindre les producteurs. Le réseau et ses fora nationaux entendent contribuer à ce dialogue.